Interview de TRUAND, chorégraphe et parrain de KHEPERANKH-STREET
Par Direction | 16. octobre 2009 | Catégorie : Culture Urbaine | Aucun commentaire »
Culture : Dans le cadre de son festival qui aura lieu ce 13 juillet 2009, KHEPERANKH-STREET a le plaisir de vous présenter un de ses parrains activistes qui ont contribué à son ascension. Aujourd’hui, en ce jeudi 11 juin 2009, rencontre avec Truand, chorégraphe au vaste parcours dans la culture Hip-hop, notamment dans sa discipline de prédilection : le Jazz Rock.
Dans le cadre de cette interview réalisée par KHEPERANKH-STREET E-MAG, Truand nous fait part de son parcours professionnel et de sa vision du Hip-hop d’aujourd’hui qui est bien loin de ce qu’il était de par le passé, mais également sur l’action de KHEPERANKH-STREET qui, selon ses dires, remet « un peu les choses dans leur vrai sens ».
Festival KHEPERANKH-STREET : Bonjour à tous, donc le Festival KHEPERANKH-STREET rencontre en ce jeudi 11 juin Truand, danseur et parrain de KHEPERANKH-STREET.
Bonjour Truand !
Truand : Bonjour, bonjour à tout le monde !
Festival KHEPERANKH-STREET : Donc, pouvez-vous nous parler de votre parcours dans la culture Hip-hop ?
Truand : Mon parcours est très vaste comme tous les anciens. C’est-à-dire que, pour moi, ça a commencé très tôt à Aulnay-sous-Bois au début des années 80. Ça, c’est vraiment le parcours dans le Hip-hop ! Je pense que le parcours d’un danseur, comme on l’est nous les anciens, commence dés son parcours personnel. C’est-à-dire que, pour moi, ça a commencé en Afrique. Donc je dansais déjà en Afrique. Et après, quand je suis arrivé ici en 1978-1980, je me suis mis à danser du rock’n roll et, par la suite, je suis passé à ce qu’on appelle Jazz Rock. Et, petit à petit, du jazz rock naturellement, dans une continuité, on est entré dans le Hip-hop. Et après, on a monté des compagnies. Donc des années après, on est encore dedans.
Festival KHEPERANKH-STREET : Etant donné votre ancienneté dans la culture Hip-hop, vous avez pu être témoin de l’évolution qu’a eu cette culture au fur et à mesure du temps. Quel est votre point de vue sur ce qu’est devenu le Hip-hop aujourd’hui au sein de la jeune génération ?
Truand : Pour moi, au sein de la jeune génération, c’est devenu un accessoire ! Ce n’est plus un mouvement, une culture. Je pense que c’est pour ça que c’est important de remettre les choses dans leurs vraies valeurs, ramener ça dans le sens que c’est : un mode de vie, une culture, un état d’esprit. C’est très important parce qu’à l’heure d’aujourd’hui, le Hip-hop, c’est que le rap et la danse, ce ne sont que des mouvements et ça s’arrête là ! C’est pour ça que je trouve qu’il est très important qu’il y ait des festivals comme KHEPERANKH-STREET qui viennent remettre un peu les choses dans leur vrai sens.
Festival KHEPERANKH-STREET : Que pouvez-vous dire de la pionnière Max-Laure BOURJOLLY, également chorégraphe-scénographe dans le domaine des danses Hip-hop et de son initiative ? Et comment avez-vous été amené à travailler ensemble dans le cadre de KHEPERANKH-STREET ?
Truand : Max-Laure dans le hip-hop, c’est simple ! Et même dans la culture noire, il y a des gens incontournables. Ça veut dire que, si tu as connu cette culture, tu es obligé de les connaître, de les croiser. Donc on s’est croisés depuis très longtemps déjà. Pour nous, elle fait partie de ce que j’appelle les grands frères les grandes sœurs. Ils ont été les premiers à monter des grosses compagnies au niveau du Hip-hop, donc les premiers aussi à prendre en charge les danseurs, à en faire des chorégraphes. Son parcours est immense aussi bien dans le Hip-hop que dans la culture noire. Ça va aussi bien de chorégraphe à aussi bien accompagner des groupes, à donner des conseils, à monter même des évènements ! C’est immense ! C’est un peu à l’image de ce qu’a fait Bambaataa mais en France.
Festival KHEPERANKH-STREET : En tant qu’activiste dans la culture Hip-hop, vous êtes un des parrains de la structure KHEPERANKH-STREET basée sur deux composantes, à savoir un Festival et son école. Quelles sont les raisons qui vous ont amenées à adhérer à ce concept tout à fait original qu’est KAS ?
Truand : C’est comme ce qu’on disait tout à l’heure, aujourd’hui, on donne le Hip-hop, on donne les formes mais on ne donne pas le fond. Et donc c’est vrai que, quand j’ai croisé Max-Laure qui m’a parlé du festival, j’ai vraiment été touché par rapport à mon propre parcours. Je voyais déjà dans mes propres cours que la plupart des jeunes black trouvaient moins de solutions que les autres pour pouvoir s’en sortir par rapport à la danse. Déjà, ils étaient moins pris dans les auditions, moins pris dans les compagnies qui fonctionnaient un peu pour pouvoir en faire un métier et avancer dedans alors que c’était leur souhait. Donc, c’est pour ça qu’on a trouvé important de les armer un peu plus, c’est-à-dire maintenant de leur donner le fond, c’est-à-dire déjà, par la culture hip-hop, leur expliquer que Bambaataa n’a pas fait ça au hasard, qu’il y avait un fond derrière, qu’il y avait peace, unity, love and having fun mais il y avait aussi la connaissance qu’il fallait avoir et la vérité.
Festival KHEPERANKH-STREET : Et si nous parlions du Festival KHEPERANKH-STREET dont vous avez le flyer sous les yeux? Comme vous le savez, il fête sa première édition ce 13 juillet 2009 et a pour thème la culture urbaine et ancestrale dans le multimédia. Êtes-vous un adepte du multimédia et que vous inspire ce combiné hors du commun culture et multimédia ?
Truand : C’est intéressant ! Le multimédia pour moi, aujourd’hui, c’est notre terrain vague à nous. C’est-à-dire tellement qu’on est boycottés par certains réseaux, et bien dans le multimédia, on peut s’affirmer et vraiment faire comme dans les terrains vagues sans que personne nous retienne et balancer ce qu’on a à balancer. Donc, pour moi, c’est important qu’il y ait cette voie-là.
Festival KHEPERANKH-STREET : En tant que chorégraphe, formez-vous des jeunes danseurs dans le cadre de vitre compagnie de danse ? Etant donné que le multimédia fait partie de leur langage, pensez-vous les amener à découvrir ce festival inédit ?
Truand : Oui, largement parce que c’est déjà ce qu’on fait comme je fais déjà aussi un peu d’évènementiel! Donc on a l’habitude que, dés qu’une information importante arrive, on fait circuler l’information. Le but de quelqu’un qui est dans le mouvement n’est pas de garder l’information pour soi-même, c’est aussi de la faire circuler grâce au myspace, aux mails. Tu fais circuler à des contacts et tu sais qu’eux aussi vont faire circuler. C’est ce qu’on appelle le réseau. On ne peut pas exister sans réseau.
Festival KHEPERANKH-STREET : Les valeurs prônées par le Festival KAS et son école Hip-hop artistique et culturelle panafricaine sont la culture urbaine et la culture ancestrale, une démarche tout à fait avant-gardiste et qui n’a jamais été proposée par une autre structure Hip-hop. Pensez-vous que les structures Hip-hop devraient plus intégrer la question historique au sein de leur enseignement comme le fait déjà KAS ?
Truand : Ce n’est pas si évident que ça ! Déjà, il faut se sentir concerné, il faut avoir un parcours pour pouvoir donner ça. Tout le monde ne peut pas faire comme KHEPERANKH-STREET : ce n’est pas évident ! Parce qu’au sein de KHEPERANKH-STREET, il y a des gens qui ont de l’expérience, des gens qui ont de la volonté, qui se sentent concernés à fond dedans. Et donc, s’il y a d’autres structures qui se sentent comme tel, pourquoi pas ? Et c’est vrai que, moi, j’avoue que ce n’est pas évident.
Festival KHEPERANKH-STREET: Vous êtes extrêmement présent dans le cadre du programme annuel des sessions KHEPERANKH-STREET mis en place durant les vacances scolaires pour la jeune génération et on voit votre profond investissement en tant que professeur de danse dans le cadre de l’école Hip-hop artistique et culturelle KHEPERANKH-STREET. En quoi la transmission auprès de la jeune génération est-elle capitale à vos yeux ?
Truand : Déjà je tiens à dire une chose, c’est que, comme beaucoup, je suis professeur de danse. Donc, dans plusieurs endroits, je donne des cours de danse. Mais il s’avère que je ne donne pas vraiment de la transmission, c’est-à-dire de mon expérience, de mon ressenti. Et c’est vrai qu’avec KHEPERANKH-STREET, j’ai l’occasion de le faire. Et donc, pour moi, c’est très important de le faire dés que j’ai l’occasion. Donc je fais la part des choses entre les cours que je donne où je n’ai même pas le temps de parler du fond des choses parce que les gens viennent une heure et puis s’en vont. Là, on fait de la transmission, on est sur une journée, on discute, on mange, on est là ! C’est différent, c’est autre chose et c’est très important !
Festival KHEPERANKH-STREET : Si vous aviez un message à faire passer à la jeune génération, quel serait-il ?
Truand : Il faut se cultiver ! La future génération est censée déjà, comme on dit dans le rap, nous représenter. Pour nous représenter, il faut déjà qu’il sache d’où est-ce qu’ils viennent et comme ça, ils iront plus loin. Et ils sont censés prendre le mouvement et l’emmener plus loin aussi. Et, pour aller plus loin, il leur faut les bagages. Souvent, ils sont là avec un petit sac à la main mais ils n’ont pas les bagages. Donc, il faut qu’ils viennent prendre les autres bagages : tout ce qui est historique, le vécu de certains, connaître certains noms, certaines personnes qui ont participé à ça. Et je pense que ça va les emmener lus loin et en les emmenant plus loin, ça va tous nous emmener plus loin.
Festival KHEPERANKH-STREET: Merci beaucoup Truand pour cette interview!
Truand : Merci aussi !
Festival KHEPERANKH-STREET: C’était le Festival KHEPERANKH-STREET avec Truand! Donc à très bientôt ! Au revoir !
NEFERMANTATA-SESHAT